Je me suis, pendant longtemps, efforcé, de synthétiser le plaisir (ou le déplaisir) pris à la lecture d’un ouvrage. Désormais, je conserve ces ressentis pour moi, même si je m’accorde une exception pour le livre de Patrick Chesnais : Lettres d’excuses.
Eric. 23/05/2026
Bonjour M CHESNAIS,
J’avais entendu, il y a quelques années, une chronique annonçant la parution de vos lettres d’excuse. A l’instar de bien d’autres livres, je m’étais empressé de noter les références de votre ouvrage pour pouvoir le lire à l’occasion. C’est aujourd’hui chose faite, et si vous aviez besoin de présenter vos excuses, je ressentais celui de vous remercier.
Merci de vous excuser sans vous confondre et tomber dans des regrets surjoués. L’idée m’apparaissait originale et intéressante, vous avez conforté ce pressentiment. S’excuser, en regardant le chemin parcouru, avouons que cela change radicalement du culte de l’instantanéité et de l’immédiateté, qui caractérise notre époque.
Merci d’avoir conservé votre style et vos mots, sans avoir cherché à plagier les grands noms de la littérature ni même à vous perdre dans des figures de style, qui ne vous ressemblent guère. Je suppose – à quoi bon, allez vérifier ? – que vous avez dû souffrir de critiques regrettant que ces lettres d’excuse ne s’inscrivent pas dans la « Grande littérature ». Cela contribue également à faire de votre livre une pause ressourçante et apaisante à l’heure du culte immodéré du paraître.
Merci d’avoir eu l’audace d’élargir la liste des destinataires, en y adjoignant des amies et amis, que nous partageons : la santé, la carrière, les histoires d’amour qui finissent mal en général, … Votre choix éclaire, autant que le contenu même de ces lettres, votre personnalité. C’est l’occasion de vous livrer, de vous dévoiler par petites touches. Je suis conscient, que votre choix vous a également permis de taire (et non pas cacher) certains aspects de votre personnalité, de votre parcours, mais cela se révèle compréhensible et même souhaitable.
Merci d’avoir écarté le misérabilisme et l’émerveillement. Vous avez connu, comme chacun d’entre-nous, des drames, et l’un de ceux-ci auraient pu prêter à une longue plainte naturellement compréhensible mais humainement inaudible. Vous auriez pu, je n’en doute aucunement, multiplier les lettres aux célébrités, qui ont accompagné votre carrière et nourrir ainsi le sensationnalisme. L’un et l’autre apparaissent mesurés, même si le premier transpire à travers bien des missives. Bien d’autres acteurs de votre génération se sont essayés à l’écriture, et je déplore la succession d’anecdotes, de récits de tournage, …, dont la simple évocation ne semble avoir pour simple but : faire parler.
Merci d’avoir été sincère et de ne pas chercher à travestir la réalité. Accepter d’admettre s’être fait rouler n’est pas un exercice facile, et pourtant, vous l’exprimez simplement comme une expérience vécue. Reconnaître, sans s’en glorifier ni s’en désoler, que votre quotidien ne ressemble pas à celui vécu par la très grande majorité de vos concitoyens se heurte aux habitudes de notre époque, où le concours pour les célébrités vise à se révéler comme et proche de chacune et de chacun.
Merci donc de m’avoir fait passer un moment aussi agréable. Il ne fut pas le premier, car vous l’aurez compris ou non, j’ai le souvenir de nombreux moments à regarder certaines de vos apparitions.
Enfin, à mon tour de m’excuser. Je m’excuse de ne pas nourrir l’envie de lire les autres ouvrages, que vous avez déjà publiés. Non pas que je les imagine sans intérêt, mais simplement pour le plaisir de rester sur ces délicieux moments, que vos lettres d’excuses m’ont offert.
Bien à vous,
Eric
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