Je suis engagé dans la protection de la faune sauvage en particulier. Aussi, le débat actuel autour des ESOD me consterne et me désole. Alors agissez à votre tour.
Eric. 15/07/2026
Je vais être assez virulent et même sarcastique dans mes propos aujourd’hui. Je réagis à chaud à ce que je considère comme une nouvelle preuve du délitement de notre époque. Sommes-nous tous devenus stupides à force de rester derrière des écrans ? J’en ai bien peur, même si un infime espoir persiste.
Les ESOD, un acronyme pour désigner les animaux nuisibles
Je vais vous parler des ESOD, un acronyme pour désigner les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Il ne s’agit pas de s’attarder sur les chiens, qui agressent chaque année (250.000 morsures par an quand même) ou encore des accidents provoqués par les bovidés (176 par an selon les dernières données de la MSA). Non il s’agit d’animaux sauvages, ceux que nous désignons autrefois sous le terme générique de nuisible. Ces ESOD sont donc, comme leur nom l’indique, susceptibles d’être à l’origine de dégâts pour l’activité humaine. Parce que nous avons une conscience écologique, les autorités ont donc décidé d’inciter à leur élimination. Je vois déjà le danger d’un tel billet, celui de la partialité. C’est pourquoi, je vous ai préparé un autre texte reproduisant exclusivement les propos officiels pour que vous puissiez vous faire une idée précise.
Le gouvernement doit donc publier une nouvelle loi définissant ces animaux sauvages devant être tués pour protéger on ne sait trop quoi. Cette proposition doit couvrir les 3 prochaines années donc jusqu’en 2029.
L’absurdité évidente des ESOD à l’heure de la protection de la biodiversité
J’ai effectué quelques recherches, lu un grand nombre d’articles et consulté des personnes plus savantes que moi en la matière pour préparer le texte évoqué ci-dessus mais aussi pour comprendre la logique infernale de cette législation.
A l’heure où chacun jure de vouloir protéger la biodiversité, il apparaît présomptueux de penser que l’Homme peut croire qu’il est capable de corriger des erreurs de la nature. La Nature aurait donc besoin de notre aide pour éliminer des animaux nuisibles.
Ici, nous ne parlons que de la catégorie 2, car dans la catégorie 1 des ESOD, on retrouve les espèces non indigènes. Ainsi, le ragondin, arrivé sur nos terres pour entretenir berges et rivières mais aussi pour satisfaire nos envies de fourrure, a rapidement été considéré comme un animal inutile. Importé par l’Homme, le ragondin est donc chassé pour être éradiqué.
Revenons à la liste de catégorie 2. Nous parlons donc ici du renard, du corbeau freux, de la corneille noire, du geai des chênes, de l’étourneau sansonnet, de la pie bavarde, de la belette, de la fouine et de la martre. Preuve s’il en fallait que cette réglementation n’a rien d’écologique et encore moins de censée, les termes utilisés par le texte soulignent à quel point le sort de ces animaux sauvages ne fait pas débat. Ainsi, le texte officiel explique pour chaque animal, qu’il « peut être détruit à tir ». Détruit et non pas tué ? L’animal serait-il encore considéré comme un bien meuble ?
Quels sont les dégâts de ces nuisibles ? Une réalité contestable
Avant de se prononcer, autant commencez parle commencement. Quels sont ces dégâts éventuels, que ces animaux nuisibles sont susceptibles de provoquer ?
De la famille des mustélidés, les fouines et les martres peuvent, sur site, endommager les structures des bâtiments, les câbles électriques ou encore et surtout l’isolation (laine de verre). De leur côté, les corbeaux freux et la corneille noire se délectent des graines germées au grand désespoir des agriculteurs. Les dégâts de l’étourneau sansonnet sont principalement liés au regroupement en colonies de ces oiseaux. Les attaques de renard sur les poules notamment heurtent les agriculteurs.
Il ne s’agit donc pas de contester les dégâts susceptibles d’être provoqués mais bien de les relativiser. Les décisions prises semblent sans aucune commune mesure avec les conséquences de la présence de ces animaux.
Dernier point, est-il nécessaire de souligner, que les bourreaux sont eux-aussi expressément désignés : les chasseurs et les piégeurs.
Tuer les animaux sauvages, un choix bénéfique ?
Tuer les nuisibles et donc limiter leur nombre permettrait de réduire les dégâts. C’est l’argument essentiel du Ministère de la transition écologique (sic). Vous pensez bien que les études sur le sujet ne sont pas innombrables. Il en existe une cependant, que vous retrouverez (en anglais) ici : l’étude publiée dans Biological Conservation
Cette étude a analysé les relevés des départements (liste des dégâts occasionnés et inventaire des animaux abattus) et ce pendant 7 ans (entre 2015 et 2022). La conclusion est sans appel, la mesure se révèle totalement inefficace. Le biologiste Frédéric Jiguet résume parfaitement la situation auprès des journalistes de France Culture :
« Aucun lien, ça veut dire, si on régule beaucoup plus, il n'y a pas moins de dégâts l'année suivante, mais aussi, si on régule beaucoup moins ou qu'on arrête les destructions, il n'y a pas plus de dégâts l'année suivante."
Une telle législation se révèle donc totalement inefficace. Pire encore, un tel acharnement du ministère serait couteux, aux termes de l’étude déjà citée : les dégâts occasionnés chaque année sont estimés entre 8 et 23 millions d’euros, alors que le coût de ces éliminations à marche forcée se chiffre entre 103 et 123 millions d’euros.
D’autres arguments sont à retrouver dans plusieurs études officielles comme Parangonnage sur les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ce document souligne la nécessité d’abandonner notre pratique pour « préserver ces écosystèmes et assurer une cohabitation aussi harmonieuse que possible entre la faune sauvage et les activités humaines. »).
Est-on en mesure de lister efficacement les animaux nuisibles ?
Là encore, la réponse est clairement négative. Je vous fais grâce des conséquences indirectes qui ne sont pas prises en compte ici. Ainsi, en tuant les renards, on élimine un des principaux prédateurs des petits rongeurs, friands des cultures agricoles. Après tout, on finira par classer les mulots et les campagnols comme ESOD en 2029 … :) Mieux vaut en sourire.
Une autre question me taraude : comment les pseudos spécialistes listent-ils les animaux en nuisibles ou non ? Leur décision est-elle digne de confiance. Je suis persuadé que non, et vous en apporte la preuve immédiate. Je ne remonterai pas au XIXème siècle, quand la louvèterie finit l’éradication du loup en France, un canidé sauvage que nous sommes heureux de revoir sur nos territoires.
Restons dans des délais raisonnables, en lisant la décision du conseil d’Etat du 7 juillet 2021. Pour pouvoir être classé comme « susceptible d’occasionner des dégâts », l’animal sauvage doit occasionner des dégâts (encore heureux) et se trouver dans un état de conservation favorable. Le conseil d’Etat conclut dans son arrêt : « Il ressort des pièces des dossiers, et il n'est pas contesté, que le putois, qui est classé comme espèce susceptible d'occasionner des dégâts dans deux départements, est dans un état de conservation défavorable. »
Conclusion : on classe donc des animaux sauvages dans la liste des ESOD avant de se rendre compte que leur survie s’en retrouve menacée. Avouez e cela reste gênant pour le ministère de l’écologie.
Demander l’avis du peuple : pourquoi faire ?
La loi oblige les autorités publiques à demander deux avis :
- Aux chasseurs d’une part : la fédération nationale de la chasse a rendu le sien en un temps recors en mai 2026. Je vous laisse deviner le sens de ce dernier … :)
- Au peuple : chaque citoyenne, chaque citoyen doit pouvoir donner son avis favorable ou défavorable puisque cela aura un impact sur l’environnement.
Depuis le 9 juillet, vous pouvez donc donner votre avis sur ce projet en cliquant sur ce lien : Plateforme officielle Attention, vous n’avez que 21 jours pour le faire soir avant le 30 juillet.
Je ne m’étonne pas du silence du gouvernement. Qui a entendu une campagne d’information incitant à émettre son avis ? Seules les associations multiplient les appels à la vigilance. LPO, France Nature environnement, ….
Je ne m’étonne pas plus de la date de cette consultation nationale. Quelle meilleure période que les vacances scolaires, la coupe du monde de football, … pour intéresser les citoyens ? Doit-on y voir une coïncidence ou une décision délibérée. Je vous laisse juge, mais l’ancien règlement est caduque depuis le 30 juin dernier, et en organisant cette consultation en juillet, le ministère de l’écologie se paie donc le luxe de minimum deux mois d’inaction.
Enfin, la question cruciale à ce stade ; qu ’adviendra-t-il de cette proposition si des centaines de milliers voire des millions d’avis défavorables (laissez-moi rêver … :)) sont déposés ? Je ne dispose pas d’une réponse ferme à ce stade. Peu importe agissons.
Le moment de vérité est arrivé : qu’allez-vous faire ?
Je déplore, que rares sont les lecteurs qui seront parvenus jusqu’ici. Il est plus intéressant, plus instructif et plus attrayant de scroller des vidéos TikTok, des posts Facebook ou des stories Instagram.
Engagé fortement sur cette cause, je suis conscient du désintérêt d’un grand nombre de mes concitoyens. J’ai donc pris le temps de vous présenter des arguments. Je ne prétends pas ici livrer une analyse exhaustive et impartiale (ce n’est pas mon souhait) mais vous donner les arguments pour que vous soumettiez votre AVIS DEFAVORABLE SUR LA PLATEFORME OFFICIELLE ;
Vous avez jusqu’au 30 juillet pour le faire. Cela vous prend moins d’une minute montre en main. En revanche, vous ne pourrez pas dire « Je ne savais pas »
Avez-vous apporté votre contribution personnelle à cette campagne ? Pourquoi ? Comment faire bouger les choses concrètement ?
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