L’intelligence artificielle reste au cœur de toutes les discussions, de tous les débats. Alors lorsqu’un roman en fait le thème principal du récit.
Eric. 17/07/2026
Comme moi, vous devez, à chaque rentrée littéraire, être débordé par le foisonnement des titres, qui semble ne répondre à rien. J’oppose cette multiplication des titres aux difficultés récurrentes des librairies à subsister tout simplement. Je ne m’égare pas, et je reviens donc au sujet principal. Au cours de la rentrée littéraire de 2025, un titre avait marqué mon attention, et je viens de l’achever, un an presque après sa sortie.
Tentation artificielle. 2025. Clément Camar Mercier
Paris. Actes Sud.404 pages.
Présentation de l’éditeur « Tentation artificielle » :
Jérémie est informaticien. Véritable génie du code, il travaille pour des applications touchant des milliards d’utilisateurs dans le monde. Tandis qu’il semble au sommet de sa gloire, sa réalité commence brusquement à vaciller. En proie à une maladie inconnue aux symptômes étranges, rattrapé par un deuil insurmontable et seul à s’occuper de sa mère invalide, Jérémie décide de prendre le chemin d’une retraite spirituelle dans un monastère à l’histoire millénaire. Cette improbable rencontre entre anciens et modernes, entre sacré et profane, le mettra alors sur une toute nouvelle voie…
Avec ce deuxième roman haletant et documenté, aussi drôle que tragique, Clément Camar-Mercier poursuit l’exploration de notre siècle et, plus précisément ici, des conséquences de notre addiction aux univers numériques et à leur logique artificielle implacable – par-delà bien et mal.
De l’abbaye de Solesmes aux couloirs du ministère de l’Intérieur en passant par les bureaux de Xavier Niel, "La Tentation artificielle" nous livre la cartographie occulte d’une époque déboussolée. Mais c’est aussi un grand livre de l’intime, la fuite en avant d’un homme rongé par la technologie et par ce monde absurde qui a fait de lui un héros.
Mon avis sur la Tentation artificielle (Juillet 2026)
Clément Camar Mercier nous entraîne dans une découverte approfondie – elle ne l’est jamais assez – de la psychologie de son héros : Jérémie. Ce codeur de génie, que toutes les entreprises de la Tech se disputent, n’ambitionne (secrètement) qu’une chose : sortir du schéma traditionnel (la recherche de profit à tout prix) pour réellement améliorer et aider l’humanité ou plutôt Sapiens, comme il se plait à dénommer ses concitoyens. Son existence ressemble à un code bien ordonné, tout étant fait pour avancer. Pourtant, cet informaticien de génie souffre d’une enfance, où il fut davantage qu’incompris, et son corps manifeste son « opposition » ou son « mal-être » à travers de multiples pathologies, chacune bénigne mais chacune représentant un véritable handicap au quotidien. Que dire de sa mère, dont la fin approche et que Jérémie veille ! Je vous l’avais dit, cette première partie nous plonge dans l’esprit torturé d’un anti-héros, que l’on se plait à adorer puis à détester. Satire grinçante de cet univers de la Tech, l’auteur nous invite donc, dans cette première partie, à le suivre sur ses réflexions sur l’intelligence artificielle et ses dérives (réelles et envisageables).
Bref, il existait dorénavant deux catégories d'humains : les gens influents et les gens influençables.
Certains raccourcis transparaissent, mais je ne contredirais pas Jérémie sur ce point de l’influence, ayant écrit la même chose il y a plusieurs mois désormais. (Je vous laisse retrouver ce texte ici). Dans cette partie, l’auteur nous dévoile les histoires amoureuses de Jérémie, pouvant se résumer à une seule personne : LA femme de sa vie, Aurélie. Bien que leur rupture soit actée depuis longtemps, on sait, dès ce moment, qu’Aurélie aura une place à jouer dans la suite.
On s'épuise à croire que tout repose sur soi.
Comprenant la perte vers laquelle il participait à guider l’humanité, Jérémie croit en sa capacité à guider et conduire Sapiens. Il va donc développer sa propre intelligence artificielle, le second héros de ce roman : Eliza.
Il n'y avait que deux choix, 0 et 1, bien et mal. Ce qu'il fallait faire et ce qu'il ne fallait pas faire. Ras le bol des indécidables.
L’abrutissement des foules, les opportunités délirantes liées à l’IA, … cet univers conduit Jérémie à vouloir prendre du recul – le terme est inadéquat – face à ces addictions au numérique et se retire donc dans la célèbre Abbaye de Solesmes.
Il sait que les démons sont un mal nécessaire, consigné dans le plan de Dieu pour malmener la foi.
Pas réellement une introspection, mais des propos parfois simplistes interrogeant non pas la foi mais les similitudes entre le plan de Dieu pour conduire les Hommes et le code, tel que Jérémie l’imagine.
En redevenant perméable au beau, il n'était plus imperméable au mal.
La vie monacale répond aux attentes de Jérémie, qui ne rêve que ‘une existence où tout doit être réglé, anticipé, prévu. Ce séjour à l’abbaye lui offre également l’opportunité de belles rencontres, certaines improbables. Carlos, dont la vie antérieure nous offre un aperçu du Mal dans l’âme humaine, et qui pourtant a su se relancer. N’est-ce pas ce que Jérémie est venu chercher ici ?
Cette mal nommée Tech avait vite sombré dans les arcanes de l'argent et du pouvoir, commercialisant toujours plus de produits ou de services inutiles à des gens qui avaient besoin de tout sauf de cela.
A partir de là, Jérémie va pouvoir se consacrer au déploiement d’Eliza en refusant toutes les barrières et les limites existantes jusque-là. Il a appris des erreurs de la Tech jusque-là et entend bien décupler le pouvoir créatif de l’Intelligence (artificielle ou non). C’est ici, que l’on voit réapparaitre Aurélie, avec laquelle notre héros poursuivra son aventure.
On créait des logiciels pour essayer de comprendre comment fonctionnaient d'autres logiciels que nous avions aussi créés, mais que nous ne comprenions pas parce qu'au fond, nous ne nous comprenions plus nous-mêmes.
Éliminer tous les biais connus, permettre à l’IA d’accéder à toutes les connaissances sans aucune restriction (l’exhaustivité étant la règle absolue), … les réflexions de Jérémie nous amènent, dans cette partie, à son idéalisme d’une pensée 100 % pure.
Et qu'ils arrêtent de concentrer leurs efforts sur des technologies divertissantes, sur votre abêtissement et cette religion de l'argent, c'est une plaie.
Pouvant échanger avec sa création, Jérémie accepte la condition nécessaire à la réussite de son entreprise (Eliza ordonne, Sapiens exécute). Cela vaut quelques échanges savoureux. Je ne vous dévoilerai pas la manière dont cela se termine, préférant vous inviter à imaginer ou mieux à lire ce roman dystopique …
On passe de l’humour (parfois ironique, parfois grinçant), à la violence en apparence gratuite (la partie avec le couteau, le gigot et le cou d’Aurélie aurait pu enchanter, en son temps, Quentin Tarantino).
Bien qu'il sût que c'était un problème fréquent de la page 229, il ne comprenait pas ce qui manquait, ce qu'il n'avait pas bien fait, ni ce qui l'avait mené à cette impasse.
Finalement, je ne regrette absolument pas cette année d’attente. L’auteur nous livre un récit fort bien écrit, posant 1.000 questions (sans apporter aucune réponse). Des pistes ici ou là sont distillées, mais après tout, n’est-ce pas aussi ce que l’on peut attendre d’une fiction ?
Et vous qu’en avez-vous pensé de ce livre ? Avez-vous lu d’autres ouvrages nous interrogeant sur cet avenir avec l’IA ?
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