Patrimoine mondial de l’humanité : un trophée touristique ou un rempart contre l’oubli ?

Publié le 28 juillet 2026 à 18:52

L’ICOMOS, organe de l’UNESCO, s’est réuni en Corée du Sud pour évoquer le patrimoine mondial de l’humanité. Faut-il s’en réjouir ? Je ne crois pas.

Eric. 28/07/2026

C’est donc en Corée du Sud que s’est réunie, dimanche 26 juillet 2026, le Conseil international des monuments et des sites (Icomos) de l’Unesco. Sans surprise, ce fut l’occasion de dévoiler les nouveaux chefs-d’œuvre du patrimoine mondial de l’humanité.

Deux nouveaux sites français inscrits au patrimoine mondial de l’humanité

Les anciens « châteaux cathares » intègrent donc cette liste prestigieuse en prenant le nom de forteresses royales du Languedoc. Je vous ai déjà expliqué mon courroux quant à cette désignation mouvante en raison d’orientation politique. Sans aucune allusion au passé cathare de ces terroirs (et non pas de ces châteaux), l’ICOMOS a justifié sa décision : « Ces forteresses témoignent de l’adaptation exceptionnelle de l’architecture militaire aux contraintes topographiques et de l’émergence de nouvelles formes d’organisation du territoire par la monarchie française »Fierté nationale néanmoins face à ces joyaux de l’ingénierie de nos aïeux.  

Les plages du débarquement, elles-aussi, rejoignent la liste des sites reconnus au niveau mondial. La représentante de l’ICOMOS a ainsi pu expliquer que cette inscription « commémore symboliquement l’immense sacrifice humain qui a été fait pour renverser une occupation autoritaire bien ancrée en Europe »

Patrimoine mondial de l’humanité : un label ou une ambition ?

Avec ces deux nouveaux sites, la France compte aujourd’hui 56 sites inscrits sur cette liste de prestige, conduisant la ministre de la culture, Mme Catherine Pégard, à souligner : « C’est une fierté, mais aussi une responsabilité ».

A la lecture des sites inscrits ce week-end, on peut s’effrayer d’une telle liste à la Prévert. Ainsi, les six médinas séculaires des Comore, le   village bleu et blanc de Sidi Bou Saïd, Les Roças   de Sao Tomé-et-Principe, les savanes de Boma-Badingilo, … répondent à des aspirations bien différentes. On peut – en tout cas, je ne m’en prive pas – s’interroger sur le sens d’une telle inscription. S’agit-il d’un véritable label, attestant de la volonté commune de préserver ces témoignages d’un passé désormais révolu ? Ou ne s’agit-il que de récompenser des projets de développement touristique et économique des régions abritant ces chefs d’œuvre du patrimoine mondial ? Je vous laisse vous faire votre propre avis.

Le patrimoine historique, une variable d’ajustement à géométrie variable ?

Réuni à BUSAN entre le 19 et le 29 juillet, l’ICOMOS semble implicitement avoir répondu à cette question. En effet, au-delà de la liste du patrimoine mondial de l’humanité, l’ICOMOS profite également de cette réunion pour mettre à jour la liste des monuments en péril. Alors que les services onusiens sont incapables de mettre un terme à des conflits irraisonnés, ils nourrissent l’espoir utopique de protéger des sites menacés de disparition. Ainsi, le paysage migratoire de Boma Badingilo (Soudan du Sud), des châteaux du mont Amel (Liban) et du village de Sebastia (État de Palestine) ont bénéficié d’une procédure d’urgence pour être inscrit sur cette liste.

Pire encore, la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra (Ukraine), classée au patrimoine mondial de l’humanité en 2013, vient d’être inscrite sur la liste du patrimoine en péril. Il en va de même du centre historique   de Paramaribo (Suriname), une décision permettant à l’ICOMOS de montrer les dents face à des autorités peu enclines à suivre les recommandations. Parce que le patrimoine mondial ne représente pas une protection suffisante, l’UNESCO entend bien montrer que le label a néanmoins des contraintes. Enfin au Liban c’est un autre monument historique qui a été classé sur la liste des monuments en péril : la cité antique de Tyr.

Décidément, la protection du patrimoine historique, qu’il soit labelisé Patrimoine de l’humanité ou non, apparaît bien n’être qu’un affichage public sans réelle motivation et encore moins de moyens. Jusqu’à quand ? La création d’une nouvelle liste : le patrimoine de l’humanité disparu ….

Et vous, comment évaluez-vous ces décisions ? Et plus généralement la gestion du patrimoine mondial de l’humanité ?

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