Stratégie éditoriale ou journalisme ? Les feuilletons d’été en question !

Publié le 17 août 2026 à 16:43

Les feuilletons de l’été ont fait leur grand retour dans les pages des grands quotidiens de la presse nationale et régionale. L’actualité serait-elle, elle-aussi, en vacances ?

Eric. 17/08/2026

Je vous ai déjà parlé de la hiérarchie de l’information, qui peut interroger et questionner dès lors que l’on s’intéresse à la presse régionale ou nationale. Sur la même thématique, je souhaite aborder aujourd’hui les séries estivales, les feuilletons de l’été qui sont devenus la Norme pour la presse écrite.

Les séries de l’été, des feuilletons pour « meubler » ou pour raconter l’actualité ?

Chaque année, les grands titres de la PQN (Le Monde, Libération, Le Figaro, …) comme ceux de la PQR (Le Progrès, Ouest-France, …) consacrent donc une partie de leur pagination à ces textes, que je regroupe sous le terme générique de feuilletons de l’été. Il m’est difficile voire impossible de les définir précisément, tant ces écrits peuvent prendre bien des formes et traiter de sujets variés. Le plus souvent, il s’agit de textes longs (plus longs que les autres tout du moins) et proposés sous forme de série en 3, 4, 5 ou plus d’articles. Le plus souvent, ces textes sont décorrélés de l’actualité immédiate – on pourra toujours trouver un lien avec l’actualité du moment -, mais proposent de s’attarder sur une thématique précise. Là encore, le choix de la thématique ne résulte pas du hasard, mais se définit en fonction des intérêts et des attentes des …lecteurs. Rien de condamnable me direz-vous ? Il ne s’agit plus de journalisme mais de stratégie de contenu. Une stratégie éditoriale pensée pour séduire et / ou fidéliser un lectorat et in fine rassurer les éventuels annonceurs.

Concevoir des écrits journalistiques pour susciter l’achat ou l’abonnement ?

On ne peut donc plus, à mon sens, parler de journalisme au sens premier du terme. Cela renforce ce que je dénonçais déjà lorsque je soulignais les dangers de cette hiérarchisation de l’information. En 2024, La revue des médias (INA) avait consacré un article à ce sujet. Les propos de Michel Becquembois, le journaliste en charge des séries d’été à Libération à l’époque, étaient sans ambiguïtés :

 « Les séries d’été sont aussi conçues pour être un déclencheur d’achat. »

Le constat était le même pour la PQR et tous les journaux, cités, reconnaissaient organiser de manière rigoureuse la publication de ces feuilletons. Cela crée (ou tout du moins participe à entretenir) un malaise. Attirer de nouveaux lecteurs en leur proposant de longs formats implique nécessairement de réduire la place consacrée à l’actualité chaude, censée alimenter les colonnes de ces journaux. Et entre les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, les délires continuels du président d’Outre-Atlantique, les incendies de forêt, les conséquences délétères du réchauffement climatique, les résultats de la consultation lancée par l’Etat Français sur les animaux nuisibles, …, force est de constater que l’actualité, elle, ne connait pas de vacances.

Cela aggrave, un peu plus à mes yeux, la défiance des citoyennes et des citoyens vis-à-vis des médias.

Et vous, vous en pensez quoi ? Etes-vous friand de ces formats à part de la presse écrite ? Quelle série vous a le plus marqué ?

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