A travers un conte moderne, Eric Orsenna nous invite pénétrer un univers, connu de lui et de quelques personnes choisies : avec l’Ogre, pénétrons cette haute société …
Eric. 30/07/2026
Il est des livres, dont on se souvient toute sa vie. Nul doute, que cette Histoire d’un Ogre en fera incontestablement partie. Pour commençons, je ne peux que souligner la qualité de l’écriture d’Erik Orsenna, dont je comprends parfaitement son accession à l’Académie Française.
Présentation du livre d’Erik Orsenna par l’éditeur
Depuis quelques années, derrière les bruits de la ville, à condition de bien se concentrer, on pouvait entendre, de jour comme de nuit, certains bruits qui ne trompaient pas : craquements d’une mâchoire à l’œuvre, succion d’une bouche qui avale, flatulences d’une digestion demandant grâce… À l’évidence, dans notre pays, quelqu’un mangeait. Oui, quelqu’un dévorait même, sans répit, ni repos. Et personne ne semblait s’en émouvoir ! Il aurait pourtant suffi de jeter un coup d’œil dans les poubelles : on y aurait vu les reliefs de ce repas perpétuel : ici, le souvenir d’une radio, jadis indépendante ; là, les restes d’une maison d’édition légendaire.
Les bruits se rapprochant, votre narrateur décida de mener l’enquête. Quel était donc cet ogre revenu du fond des âges pour se repaître du royaume de France ? »
Mon avis (Juillet 2026) sur ce conte d’Erik Orsenna
Commençons par le commencement, à savoir la nature de cet écrit, que l’auteur assure appartenir à la famille des contes …voltairiens. Il se plait à nous souligner sa passion pour le philosophe des lumières.
S’il est un nombre, pourtant que votre narrateur célèbre, c’et 184217 : l’inventaire précis, vérifié et revérifié, de tous les signes (intervalles compris) employés par Voltaire pour raconter son Candide.
Bien que jamais nommé, l’Ogre représente Vincent Bolloré, que l’auteur n’a cessé de nommer au cours des nombreuses interviews données à l’occasion de la parution de cet ouvrage. A travers la forme du conte, l’auteur va donc nous relater la vie de cet Homme d’affaires, et on comprend rapidement qu’il ne le porte pas (ou plus) dans son cœur, alors que les deux hommes furent proches à un moment donné.
(…) dans notre société, plus les métiers sont inutiles, plus ils enrichissent ceux qui les pratiquent.
Par-delà le récit en lui-même, Erik Orsenna nous livre quelques « bons mots » sur notre société en perdition. Sans jamais succomber au pessimisme ambiant, il nous titille là où ça fait mal, nous arrachant *à notre lecture et nous obligeant à réfléchir à quelques-unes de ces descriptions. Tantôt qualifié de prédateur tantôt de nécrophage, l’Ogre représente un danger pour l’édition, pour la presse et pour la démocratie à bien comprendre l’auteur.
(…) ils ne s’intéressent pas du tout au contenu de nos trésors, ils viennent juste pour caresser les tranches, flatter les couvertures, humer le cuir.
Dénonçant l’ambition de l’Ogre de dévorer Hachette, l’ouvrage nous décrit cette haute société, mêlant hommes politiques, vedettes de la télévision, influenceurs, avocats d’affaires, banquiers, …
Les « politiques » (variante laudative : « les Hommes d’Etat »), cette espèce de sapiens sapiens très particulière, doivent-ils être rangés dans la catégorie des ogres ?
Ces mœurs de la haute société nous sont, par petites touches, dévoilées. Par malice ou par calcul, Erik Orsenna s’attache à ne jamais trop en dire, mais à réveiller notre curiosité (malsaine ?). Il faut dire, que l’auteur en fait incontestablement partie. Aussi peut-on voir une forme de mortification intellectuelle, lorsqu’il nous décrit par des sentences implacables l’immoralité de ces hautes sphères.
« (…) plus on est prêt à tout pour rester haut, plus on écrase les petits »
Au fil des pages, nous apprenons la vie riche du narrateur, qui côtoya les « grands de ce monde ». Je m’interroge fréquemment sur leurs mœurs, leurs états d’esprit, et par petites touches, l’auteur me répond, me laissant découvrir sa réticence à applaudir ces personnages de prestige mais aussi à afficher sans nuance sa méfiance, sa défiance ou sa déception ( ??).
Si, néanmoins vous êtes de celles et ceux que le sexe intéresse plus que la Finance durable, prenez contact avec l’éditeur de votre narrateur (5, rue Gaston-Gallimard, 75007 Paris). Une version non expurgée de ce petit conte vous sera envoyée sans frais.
Il fallait oser, M. Orsenna l’a fait. Ma curiosité me pousserait non pas à connaître les aspects croustillants de ce récit mais le nombre de demandes, que Gallimard a dû traiter. Peut-être le narrateur s’obligera-t-il à cette transparence, qu’il met en exergue en nous laissant un commentaire ? … :)) Une bonne partie du livre constitue un CV en bonne et due forme de l’auteur, qui nous rappelle son passé prestigieux, ses rencontres et amitiés célèbres. Le Docteur en économie se laisse aller à des confidences (bien choisies) pour rester dans le domaine du conte.
(…) comment le cul, de son déroulé attendu jusqu’à sa fin toujours décevante peut-il lutter contre une trop belle histoire, concoctée par une armée de scénaristes, la plupart cocaïnés ?
L’auteur nous incite à la grivoiserie en termes choisis. Même là, le style nous invite à la rêverie et aux pensées (pas toutes avouables, je l’avoue volontiers). C’est donc une attaque en règle contre Vincent Bolloré et tous les autres Ogres, nous conduisant inéluctablement à la villa Montmorency. Pourtant, Eric Orsenna prend bien garde à ne pas généraliser, et Jean-Luc Lagardère ou encore Martin Bouygues s’en sortent bien mieux que le breton catholique héros malgré-lui de cette fable (ou de ce conte).
Que pèse une République face à L’audimat couplé aux réseaux sociaux ?
Les portraits sont parfois cinglants, parfois ironiques, parfois teintés d’émotion. Le retour du président à la rose, dont Eric Orsenna fut un proche collaborateur, peut faire sourire lorsqu’il rencontre ses successeurs, Nicolas Sarkozy en tête. Eric Zemmour, Cyril Hanouna, Denis Olivenne, … chacun pourra reconnaitre (parfois ils sont nommés) ces personnages connus.
Radios, télés, réseaux sociaux. Il n’y a pas plus serviable depuis quelque temps, puisque nous nous sommes débarrassés des indociles !
Même si l’auteur l’évoque, il n’insiste pas sur la « solidarité » entre les gens de cette classe à part, puisqu’il en fait partie. Cela peut heurter, et ce fut mon cas. Toujours est-il que ce conte fut un grand plaisir de lecture. Bien écrites, et insérées avec justesse dans ce conte moderne, les sentences nous délivrent une vision (bien noire) de la société contemporaine. Si l’auteur ne se livre pas à un manifeste pour nous appeler à trouver la raison, il distille ces messages subliminaux, et le résultat n’en est que plus frappant.
Eric Orsenna se plait – je le ressens ainsi – à dévoiler une partie de son intimité, ses amours, ses désirs et ses fantasmes. On sourit en apprenant ses penchants échangistes, on grimace à la découverte de certains propos échangés, … Il ne peut s’en empêcher, ramener le récit autour de sa personne. Certains jugeraient le procédé condamnable le qualifiant d’égocentrique. Un plaisir de lecture donc, un plaisir à ne pas minorer. Mais un malaise, en pensant (sachant ?) que l’auteur s’est retenu sur l’essentiel. Quelles sont les motivations d’un jeune breton à devenir un ogre ? Et celles d’un autre breton à devenir un penseur affiché ?
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